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Histoires de Nicolas  (vie politique) posté le samedi 05 janvier 2008 19:46

Bulletin d’humeur : des averses de fierté mal placée

 

Ami lecteur,

            

‘’Pourquoi j’aime la France !’’

 

Cette exclamation, ami lecteur, et quoique le temps ne m’aie pas été donné de t’en causer plus tôt, cette exclamation disais-je, ne cesse de me poursuivre. Depuis des semaines à présent, chaque fois que je ferme les yeux, chaque fois que je tourne mon regard vers le ciel nocturne, chaque fois que je me retrouve dans un endroit sombre – et Dieu sait que cela arrive bien trop souvent ces temps-ci – je vois ces syllabes infâmes se former dans mon esprit pour mieux me tourmenter.

 

Pire : si je n’y fais rien, bientôt ce ne sont plus ces seules syllabes qui me tourmentent, mais bien le visage ahuri de la sinistre créature qui a osé les prononcer, s’étalant sur fond tricolore en une d’un hebdomadaire bien connu des masses incultes : celui de Jamel Debbouze.

 

Rapidement, ces traits déformés par la mièvrerie patriotique se fondent dans le néant de mon inconscient pour laisser la place à une autre vision de cauchemar, celle, aperçue au ZAPPING de CANAL+, des chroniqueurs affiliés à Laurent Ruquier, pressant l’écume aux lèvres le jeune Abd al Malik d’interpréter ‘’La Marseillaise’’…

 

Quand finalement je parviens à m’extirper de ma torpeur, le dos trempé de sueur, mes vêtements collant à mon échine comme une deuxième peau froide et inconfortable, je ne peux m’empêcher de me demander : Jamel Debbouze et Abd al Malik sont-ils devenus les icônes d’un nouveau nationalisme français ? Ou bien, renvoyés à leurs origines extra-européennes en dépit de leur statut de vedettes et de leur naissance au cœur de la capitale – ce qui, note-le bien, n’est même pas mon cas, ces deux artistes ne font-ils que se plier à une exigence médiatique de plus en plus pressante : prouver leur attachement à l’Hexagone, comme tant de ‘’nouveaux français’’ avant eux ?

 

Mais tiens ! Puisqu’on en parle, cette expression, ‘’nouveaux français’’, d’où nous vient-elle ? Emane-t-elle des sombres sous-sols du nouveau ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale ? Que nenni ! Elle a fait irruption dans notre vie quotidienne par le truchement d’une chanson de variété, interprétée par Amel Bent en personne.

 

‘’Nouveau français’’, plutôt que beur, ou black ; plutôt qu’immigré de cinquième génération ; plutôt que français d’origine germanique, maghrébine ou asiatique ? A l’heure où la lecture de la lettre d’adieu de Guy Môquet à ses parents est censée réveiller – au prix de quelle supercherie ! – le patriotisme de nos écoliers, peut-être devrions-nous nous interroger sur le bien-fondé d’une politique visant à faire sortir de son antre sordide le nationaliste qui sommeille en chacun de nous – ou plus exactement : en chacun des moins favorisés par les dures lois de la génétique d’entre nous…

 

Souvenons-nous que si la dimension universaliste de notre riante contrée est connue et reconnue partout de par le vaste monde, ses excès patriotiques n’ont pas manqué non plus de marquer l’histoire, mais d’une bien piètre manière… Et puisque je répugne, comme tu le sais si bien, lecteur mon ami, à faire étalage de mon intarissable culture générale, je ne prendrai pour exemple que celui de ce célèbre Nicolas, en son temps soldat de l’armée napoléonienne, qui fut ainsi ridiculisé dans plusieurs pièces de théâtre avant que son patronyme ne fasse, en tant qu’adjectif, son entrée dans le dictionnaire, privé de sa majuscule : chauvin. Et puisque le nôtre, de Nicolas, vient précisément de faire son entrée dans la partie ‘’noms propres’’ de nos dictionnaires, gageons qu’il ne tardera pas lui aussi à rejoindre son illustre prédécesseur dans la partie des ‘’noms communs’’… Certes, perdre sa majuscule est une infamie, pour un nom propre, mais après tout, il l’aura sans doute bien cherché…

          

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Coup de jeune  (Humeurs diverses) posté le samedi 24 novembre 2007 21:04

Bulletin d’humeur : un peu moins jeune qu’hier, mais bien plus que demain…

 

Ami lecteur,

Pour tout te dire, mes activités de blogmestre ne datent pas d’hier. Mon premier article, je l’ai écrit à quatre mains il y a bientôt dix ans : ton blogmestre était alors élève de terminale au lycée de l’Harteloire à Brest, sous l’autorité débonnaire de l’inénarrable Milig Helias, et il avait déjà fort à cœur de dénoncer les iniquités menaçant la quiétude de ses jeunes camarades.

 

 

Pamphlet décaféiné

Avec l’aimable autorisation de Pierre Desproges

 

‘’Un café s’il vous plaît !’’

William Shakespeare

‘’De quoi ?’’

Ludwig Van Beethoven

‘’J’ai dit : un café s’il vous plait !’’

William Shakesrire

 

Où les auteurs, constatant que tout le monde se fout de la machine à café (autant que du tiers-monde, du tiers provisionnel ou du tiercé), décident de se révolter, voire de s’insurger, contre l’odieuse tyrannie de Mr Helias (qui lui ne comprend pas bien ce qu’ils lui veulent, ces deux attardés).

 

Qui n’a jamais rêvé d’un bon café (s’il vous plaît) ? La jeune Florence, encore en fleur, et désireuse de préserver le légitime anonymat dans lequel la maintient son indigence, nous le confiait (l’autre jour) dans une complainte (digne de Roland) et non dénuée d’une grâce farouche : ‘’J’ai voulu prendre un café, crénom de nom, et je n’ai eu que de l’eau tiède, crénom de nom.’’

 

Ebranlés par la nouvelle d’un drame dont l’horreur dépassait en cruauté son apparente légèreté, et n’écoutant que notre bravoure de journalistes-investigateurs, pourfendant, tel Lancelot sa chaste dulcinée (allusion qui n’est pas sans rappeler l’érotisme trouble dont on retrouve parfois les traces dans les grimoires de Sigmund Freud) les injustices les plus viles (et faquines) de par le globe (et en montgolfière s’il vous plaît) nous nous dîmes (célèbre impôt médiéval) : arrachons (délicatement) une plume au merle le plus proche et rédigeons sans plus attendre un pamphlet décaféiné (SVP) !

 

Après enquête (rondement menée par vos humbles narrateurs) nous nous aperçûmes que de nombreuses techniques inadmissibles du système hydraulique et honnête de la boîte de conserve et à café, dont les répercussions cataclysmiques (cf. le déluge de Noé) entraîneront l’effondrement économique et financier de la structure intemporelle régissant l’établissement pénitentiaire de l’Harteloire, et, à terme, la destruction pure et simple de la ville de Brest, déjà au bord d’un gouffre multidirectionnel et insondable (Penn-Ar-Bed).

 

        De ces défaillances, nous pûmes tirer moult (frites) doléances :

 

[if !supportLists]-->1)        [endif]-->Pas de potage aux poireaux dont l’absence résonne comme un gouffre intolérable dont la sinistre vacuité n’est pourtant pas sans évoquer les plus belles pages de Philippe Sollers.

[if !supportLists]-->2)        [endif]-->Des fois, on a que l’eau ! (métaphore aquatique filée qui tombe comme un cheveu sur le potage qui faisait l’objet de la précédente réclamation).

[if !supportLists]-->3)        [endif]-->Des fois, y a pas de gobelet : on est obligé de se sectionner le membre collatéral (le cou), ce qui cause des dégâts collatéraux sur les positions défensives anatomiques, pour avaler un liquide saumâtre et brun qui n’a de café que le nom (Erwan dans un moment de transe élégiaque m’a rapporté un fait similaire).

 

        Toutes ces revendications, auxquelles s’ajoute un colère toute rouge font de ce pamphlet la preuve vivante d’un mouvement salutaire d’insurrection a l’Harteloire qui, espérons-le, conduira à la guerre civile tant attendue.

 

Vos camarades : le Fantomatique Chevelu & le Spectral Imperméable.

 

P.S. : une enquête plus fournie vient d’être réalisées ; il s’agit d’une interview à questions multiples réalisée auprès du principal incriminé : Milig Helias en personne.

- Le lieu de l’interview : le bureau du responsable dont l’atmosphère crépusculaire rappelle un bunker est-allemand.

    
 

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We Won't Get Fooled Again  (Humeurs diverses) posté le samedi 20 octobre 2007 23:15

Bulletin d’humeur : piqué à vif…

 

Ami lecteur,

     

Depuis le temps que dure notre petite correspondance à sens unique, tu t’imagines sans doute que tu commences à me connaître. C’est la raison pour laquelle tu crois notamment savoir de quoi va traiter l’article que tu viens d’entamer.

 

Tu prends connaissance de la date de publication – nous sommes le samedi 20 octobre 2007 – et tu mobilises les ressources de ton précieux cerveau, mettons, deux secondes, histoire de te remémorer les grandes lignes de l’actualité récente… Et là, pour toi, le doute n’est plus permis : ‘’Aucune chance que cette fois il nous sorte un de ces poèmes bizarres ou la réponse à une de ses énigmes à la noix, te dis-tu ! Il va nous parler de l’ ‘’affaire Cécilia’’ ! Ah, oui, ce serait bien le diable s’il ne profitait pas d’une si belle occasion de démêler pour nous une actualité si inextricablement emmêlée !’’

 

J’entends. Reste cependant, à ce stade, à préciser deux petites choses : D’une, quoique apprendre que ton vocabulaire s’étend à présent à des termes aussi précis qu’ ‘’inextricablement’’ me réchauffe déjà le cœur de manière conséquente, j’apprécierais que tu fasses référence à moi autrement que par des ‘’il’’ – ou alors, en y mettant au moins une majuscule ; De deux, reste tout de même à savoir laquelle des deux analyses dominantes sur le sujet tu t’attends à ce que je te sorte.

 

Eh ! bien, oui, ami lecteur : tu n’es tout de même pas sans savoir que deux analyses dominent quant à la très curieuse simultanéité de l’annonce du divorce du couple présidentiel et de la plus importante grève que la France ait connu… depuis… bref, un moment, mais surtout, la première grève sérieuse de ce qu’il semble désormais convenu d’appeler ‘’l’ère Sarkozy’’ – ‘’ère’’, sans majuscule, s’il te plait : il y a ceux qui pensent que Sarkozy a choisi le 18 octobre pour officialiser son divorce afin éclipser l'impact médiatique de la grève, et ceux qui pensent que Sarkozy a choisi le 18 octobre pour que la grève éclipse l'impact médiatique de l'annonce de son divorce.

 

Reste donc, disais-je, à te dire à laquelle de ces analyses te fier. Eh ! bien, pardonne-moi de te décevoir, lecteur mon ami, mais je ne prendrai parti ni pour l’une, ni pour l’autre. Non que ni l’une, ni l’autre ne me paraissent crédibles ; depuis 2002, entre l’ ‘’affaire’’ Genestar, les retrouvailles du couple Sarkozy en Guyane française, les photos arrangées déguisées en photos volées, et j’en passe, nous n’avons eu que trop d’occasions de constater combien le couple Sarkozy sait jouer des medias dits ‘’traditionnels’’… Non, c’est simplement que j’ai décidé unilatéralement de m’en foutre. De m’en taper le coquillard. De m’en battre les roubignoles. Savoir dans quel sens a opéré la manipulation ne m’intéresse pas. Je me fous de Cécilia, je me fous de ses amours, je me fous de ses peines, je me fous de savoir qu’elle fait la couverture de ‘’ELLE’’ cette semaine, et j'aimerais me foutre de savoir que ses péri péti es à venir vont suffre à occulter les déb ats sur les retraites, les grèves , et le mini-traité europ éen....

 

Et pour te prouver que tu as vraiment tout faux, ami lecteur, permets-moi de te faire goûter une friandise nonpareille : voici ‘’Le Paresseux’’, de Marc-Antoine de Saint-Amant :

 

Accablé de paresse et de mélancolie,

Je rêve dans un lit où je suis fagoté,

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,

Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

 

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,

Du Comte Palatin, ni de sa royauté

Je consacre un bel hymne à cette oisiveté

Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

 

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,

Que je crois que les biens me viendront en dormant,

Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

 

Et hais tant le travail que, les yeux entrouverts,

Une main hors des draps, cher Baudouin, à peine

Ai-je pu mes résoudre à t’écrire ces vers.

     

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Moquerie  (vie politique) posté le dimanche 16 septembre 2007 19:57

Bulletin d’humeur : l’humeur brumeuse…

    

   

Ami lecteur,

    

Arrêtons donc de tourner autour du pot.

 

Certes, Guy Môquet est le héros de la rentrée, le symbole inattaquable de la France résistante et héroïque, de la France qui gagne, celle de l'UMP, de Bernard Laporte et du jambon Madrange qu’il aime tant. Mais admets-le : si je t’avais interpellé il y a quelques mois en te demandant qui était Guy Môquet, tu te serais trouvé bien embêté… J’imagine qu’avant sa récupération le 14 janvier dernier par Nicolas Sarkozy, au mieux son nom ne t’évoquait guère qu’une station de la Ligne 13, et au pire, eh ! bien, que tu le confondais avec Guy Degrenne, le fameux coutelier…

 

Comprends dès lors que j’enrage à présent en te voyant nous le ressortir tous les dimanche en famille, sitôt que l’occasion s’en présente, au détour de n’importe quelle conversation, et même, même, à propos de rugby.

 

Et d’ailleurs, qu’est-ce que cette résurrection soudaine ? On sait depuis peu que la fameuse lettre du jeune résistant à ses parents sera lue à tous les lycéens de France et de Navarre le 22 octobre au matin, comme l’avait souhaité le candidat Sarkozy devant l’UMP réunie en meeting le 18 mars 2007 au Zénith de Paris. «Cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France, non comme la lettre d’un jeune communiste, mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie, comme celle d’un fils qui regarde en face sa propre mort.»

 

La lecture se fera donc au moment où le Président commémorera lui-même la mort de Guy Môquet ; elle pourra être faite par un ancien résistant, mais aussi par «toute personnalité dont l’engagement, le rayonnement ou la notoriété pourraient sensibiliser les élèves» ; au pire, elle sera réalisée par un enseignant qui aura cours par hasard à ce moment-là. Et un haut cadre du ministère de l’Education nationale de préciser que «cette lecture ne devait pas être réservée aux professeurs d’histoire géographie», une autre manière d’avouer que ce n’est pas l’analyse critique et la mise en perspective qui importent ici, mais plutôt le pathos et une forme de «communion» avec le Président.

 

La circulaire ministérielle est d’ailleurs très claire à ce sujet : reprenant la présentation de la lettre proposée dans l’ouvrage de Guy Krivopissko (la Vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944), la lettre qui sera lue à notre belle jeunesse aura été allégée de presque toutes les indications signalant l’engagement politique du jeune Guy, de son père et des autres otages de Châteaubriant.

 

Le 22 octobre, il s’agira donc de mettre en scène une mort édifiante pour la jeunesse de notre beau pays, de parler «sacrifice», «offrande», «amour», mais surtout pas de revenir sur les raisons de cette mort en disant que Guy Môquet et ses vingt-six camarades ont d’abord été désignés aux Allemands comme «communistes ». La négation pure et simple des choix politiques du jeune Guy transparaît du reste jusque dans l’intitulé de la cérémonie gouvernementale, «commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses vingt-six compagnons fusillés» : le condamné écrivait dans son dernier billet à Odette Leclan : «Je vais mourir avec mes vingt-six camarades.» et ce «camarade» communiste est aujourd’hui remplacé par le «compagnon» gaulliste.

 

J’imagine d’ici combien les images seront belles au journal de journal de 20 heures : les larmes du Président, et celles que ne manqueront pas de filmer les caméras sur les visages des lycéens partout en France… Ces jeunes lycéens à qui personne n’aura jugé utile de préciser que si le patriotisme fournit un cadre moral de référence, il ne signifie pas une ligne de conduite unique (après tout, les collaborateurs ou les pétainistes l’étaient aussi par «amour de la patrie»), que ce qui explique le «patriotisme» de Guy Môquet, c’est bien son parcours antérieur à la défaite, et donc son engagement communiste, qui conduit à son «entrée en résistance», que le patriotisme est indéniablement un creuset où tous les engagements peuvent se fondre.

 

Ami lecteur, le 22 octobre, c’est dans un peu plus d’un mois. Autant dire, un mois pour réfléchir, et peut-être à ceci : refuser de lire Guy Môquet dans le cadre imposé par les contingences politiques du Président et continuer d’analyser des lettres de résistants dans le cadre du programme d’histoire ou du concours national de la Résistance et de la déportation, c’est suivre Condorcet quand il écrivait : «Je préfère leur histoire plutôt que leur éloge ; car on ne doit aux morts que ce qui est utile aux vivants : la vérité et la justice.»

 

M’est avis que c’est bien le moins que nous devons à Guy Môquet, à la Résistance et à nos élèves.

  

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Hard Gore  (vie politique) posté le dimanche 19 août 2007 16:34

Bulletin d’humeur : complètement détraqué

 

Ami lecteur,

     

Je ne dis pas ça pour me vanter, mais il me semble que pour peu que l’on cultive une pratique responsable et citoyenne de l’existence, pas un jour ne passe qui ne soit porteur d’un enseignement à méditer.

 

Ainsi soucieux de consolider mes connaissances quant à la question du réchauffement climatique, j’ai récemment regardé ‘’Une Vérité Qui Dérange’’ le bien connu documentaire en forme de film illustrant le combat de l’ancien vice-président étatsunien Al Gore pour persuader ses concitoyens de l’urgente nécessité de réagir avant un dérèglement majeur du système climatique ne survienne. Est-il seulement besoin de t’en rappeler le pitch ? Notre planète est menacée de mort, le compte à rebours a commencé, toute la communauté scientifique internationale s'accorde pour dire qu'il nous reste à peine dix ans pour éviter une catastrophe générale (un bouleversement majeur du système climatique entraînant des perturbations météorologiques extrêmes, des inondations, de longues périodes de sécheresse, des crues, des épidémies, des vagues de chaleur meurtrières d'une ampleur sans précédent), et personne n’y prête la moindre attention, du moins jusqu'à ce qu’un homme seul se dresse contre tous, et décide d’agir, en révélant au monde… une vérité qui dérange !!!

 

Je sais, j’ai l’air de me moquer, avec mes tournures ironiques et ma ponctuation acide, et je sens que cette fois-ci, tu risques de vraiment m’en vouloir. ‘’Comment ? Tu rigoles avec l’écologie ? Mais tu as perdu la raison ou quoi ? Et pourquoi tu t’en prendrais pas aux salopards qui polluent notre belle planète, avant de te moquer de ceux qui la défendent ? T’es avec eux, c’est ça ? T’es leur complice ?’’, t’entends-je postillonner devant l’écran de ton ordinateur. Du calme, du calme, ami lecteur, ne t’emportes pas de la sorte, tu sais que c’est mauvais pour ton cœur et pour l’écran de ton ordinateur. C’est simplement que je me demande si en fait de révéler la catastrophe climatique qui nous pend au nez, le film de Davis Guggenheim ne dresserait pas plutôt – sans le savoir – un terrible portrait du monde à partir de celui de l’homme qui dit vouloir le sauver.

     

Pour être plus clair, et plus direct, je me demande si sous le propos '’émergé’’ du film (la course à la catastrophe climatique est bien avancée ; pire : là où on pariait sur des changements structurels dans un siècle ou deux, il faut s'attendre à un retournement plus radical d'ici une vingtaine d'années) juste derrière les ‘’quelques conseils utiles pour limiter les dégâts sur l’environnement’’ (‘’prendre les transports en commun’’, ‘’rouler à l'énergie renouvelable’’ et ‘’voter pour les candidats qui s'engagent’’, en oubliant au passage qu'avant d'être un sémillant conférencier, Al Gore fut vice-président de la plus grande puissance de la planète, ce qui donnait tou t de même à sa parole un peu plus de poids qu'un diaporama itinérant, et qu’en 1995, sous la présidence du même Bill Clinton, aucun sénateur démocrate n’avait voulu ratifier le protocole de Kyoto), juste au niveau de ces interludes e ntre deux conférences qui ponctuent le film pour tenter de lier la biographie d’un homme à un destin planétaire (et avec quelle pudeur : tout le temps qu’il parle de lui, on jurerait qu’Al Gore nous conte un nouvel évangile), n’apparaîtrait pas le véritable visage de l'ancien futur président des Etats-Unis : celui d'un type blessé remâchant amèrement et constamment sa défaite contre Bush - mais parce qu'il a préféré abandonner le recomptage des votes en Floride plutôt que de déstabiliser le pays, apprend-on – obsédé par son image et par le pouvoir et pathologiquement incapable de réussir.

     

Oui, je me demande si en fait de faire discrètement, pudiquement, la publicité d’un candidat, ces coupures de constituent pas en fait le portrait au vitriol d’un monde condamné à tourner autour de ses névroses comme un chien tentant de mordre sa (plus ou moins) propre queue, et qui n’abandonnera jamais ses obsessions, pas même au profit de sa propre survie.

     

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